Multicultuur & samenleven
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Critique de ‘Continent sans frontière’ (Theo Francken, Joren Vermeersch)

Si l’on en juge par sa popularité, sa fulgurante carrière politique et sa visibilité médiatique, Theo Francken est indubitablement l’une des stars de la politique européenne. Voici l’homme politique le plus populaire de Flandre, auteur d’une synthèse sur l’immigration dont tout le monde parle, et qui fait régulièrement les titres de la presse internationale — ce qui n’est pas fréquent pour un homme politique belge.

J’ai commencé à m’intéresser au parcours de Theo Francken lorsqu’à la faveur d’une interview télévisée il y a quelques années, il s’était déclaré sans ambage comme ‘de droite’. Pas d’extrême droite, par de centre-droit : de droite, comme on est volontiers et sans fard ‘de gauche’. Plaisant !

Biographie

Theo Francken est né en 1978 à Lubbeek, petite ville du Brabant dont il est redevenu bourgmestre, après que son parti la N-VA eût été évincé du gouvernement fédéral. En 2010, il était élu à la Chambre des représentants, avant de prendre en charge, en 2014, le Secrétariat d’état à l’asile et à l’immigration.

La carrière ministérielle de Theo fut émaillée de controverses : visites domiciliaires chez les complices des ‘passeurs’ mafieux, coopération avec les services soudanais pour identifier et rapatrier leurs ressortissants, accusations contre ‘Médecins sans frontières’, refus de visa à une famille syrienne pilotée par des avocats proches du parti marxiste PTB/PvdA, etc.

Légalisme scrupuleux

Lors de chacune de ces controverses, j’étais frappé non seulement par sa connaissance des dossiers, mais encore par son légalisme scrupuleux. Légalisme qui lui permit, chaque fois, de sortir victorieux du fracas médiatique créé par une coterie d’ONG, de partis de gauche, de cabinets d’avocats et de journalistes qui ne supportent tout simplement pas que l’on soit de droite, ni qu’on se fasse, du monde et de son devenir, une vision qui diverge radicalement de la leur.

Quand on lit ‘Continent sans frontière’, publié en néerlandais en 2018 par Doorbraak et dans la foulée, en français, par les éditions Jourdan, on mesure que Theo Francken a parfaitement compris que le débat sur l’immigration se cristallise autour de deux paradigmes.

Frontières ouvertes

Le premier paradigme, celui de la gauche, est celui des frontières ouvertes. Dès lors qu’un clandestin parvient sur le sol européen, n’importe comment nous devrions lui reconnaître le droit d’y demeurer. Bien sûr, le droit à la migration est rarement exprimé comme tel. Mais c’est clairement dans cette direction que, de loi nationale en résolution internationale, en passant par d’innombrables décisions de justice, la gauche s’est massivement engagée, comme il le montre dans la première partie de son ouvrage.

L’ouvrage est découpé en courts paragraphes, ce qui facilite la lecture d’un contenu extrêmement dense et documenté. Aussi ‘visible’ qu’en soit l’un de ses deux auteurs, la démonstration n’a d’ailleurs été prise en défaut, sur le fond, par personne.

Illusions funestes

Parmi les illusions funestes que disperse ‘Continent sans frontière’, retenons les éléments suivants.

D’abord, l’idée que l’Europe pourrait et devrait agir sur les ‘causes de la migration’, en Afrique, est fausse. Nous n’avons pas le pouvoir de nous substituer à des états défaillants, et cette démarche néo-colonialiste n’est pas non plus souhaitable. Par ailleurs, le versement de milliards au titre de ‘l’aide au développement’ n’a que des effets marginaux, quand ils ne sont pas pervers. Enfin, l’idée que l’Europe serait en aucune façon responsable de la défaillance de ces sociétés, n’est pas exacte.

Rafraîchissante perspective !

L’immigration, dans des pays tels la Belgique, la France ou l’Allemagne, coûte davantage qu’elle ne ‘rapporte’ (pages 70s). Quoi qu’en disent des politiques mal inspirés et des journalistes qui déforment la réalité au lieu d’en rendre compte, le taux d’emploi des migrants dans ces pays — notamment la vague 2015 Wir schaffen das — est dérisoire, de l’ordre de 10%. Or, un migrant qui ne travaille pas vit par nécessité sur le compte de la collectivité.

Autre idée fausse : le fait que la migration ne devrait être envisagée que comme variable économique. Mais quand elle atteint des volumes aussi importants qu’en Europe depuis 15 ans, qui ne voit que ses conséquences s’exercent à tous les niveaux de la vie quotidienne, à commencer par nos écoles ? Qui ne voit ce qu’il y a de malsain à constituer des classes d’enfants dont une minorité seulement parle la langue du pays ? Qui ne voit qu’en important massivement des migrants, on importe aussi des pratiques — songeons à l’excision — objectivement barbares eut égard à nos standards culturels, juridiques et moraux ?

Conséquences sociales

Francken et Vermeersch — qui travaillait dans le cabinet du premier, rue de la Loi — montrent que ce sont les Européens les plus fragiles qui souffrent les premiers des conséquences sociales de cette immigration sans contrôle et que s’ils se tournent parfois vers des partis dits d’extrême droite, ce n’est pas par ‘racisme’, c’est par détresse, pour se révolter contre une expérience d’ingénierie sociale et civilisationnelle dont l’échec détruit leur cadre de vie (170s.).

Les auteurs montrent parfaitement comment un carcan juridique fut mis en place au niveau européen (Union européenne et Conseil de l’Europe) qui tout à la fois empêche les Etats membres de prendre des mesures efficaces à l’égard des vagues d’immigration clandestines (90s.), bridant leur démocratie (157s.), et qui tente dans le même temps de forcer le ‘modèle’ multiculturel de l’Europe occidentale sur des pays d’Europe centrale qui n’en veulent pas. La conséquence mécanique de cette double pression anti-démocratique étant un rejet grandissant de l’Union européenne et de la CEDH par les peuples d’Europe. Scintillante démonstration, comme une progression géométrique qu’il est difficile de prendre en défaut.

‘Le droit au visa’?

Les auteurs montrent que l’arrêt Hirsi (pages 111s.), par lequel la CEDH fait interdiction de ramener à leur port d’origine les clandestins interceptés en Méditerranée — un arrêt pris sous l’égide entre autres de la juge belge d’extrême gauche Françoise Tulkens — et qui cite longuement des ONG comme autant de sources de droit (sic), a directement conduit à la noyade de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes en Méditerranée, et induit la création d’une gigantesque mafia de ‘passeurs’ entre l’Afrique et l’Europe.

Ainsi l’extrémisme conduit-il la volonté de protéger les droits humains, à la mort et au pire des trafics : celui de nos semblables. Nos auteurs montrent encore que les partis les plus extrémistes en Europe — à l’instar du parti belge ECOLO — plaident maintenant pour le droit au visa — ie, les Etats ne pourraient refuser un visa que s’ils prouvent que son octroi présente un danger pour l’ordre public — ce qui a le mérite de dire ce qui est : l’ouverture totale des frontières (119s.).

C’est également un grand mérite de Continent sans frontière de faire preuve d’empathie à l’égard de nos frères d’Europe centrale, invariablement taxés d’extrémistes anti-démocratiques par des politiciens tels que Guy Verhofstadt. Nos auteurs rappellent que la méfiance d’un pays comme la Hongrie à l’égard de l’islam (181s.), comme doctrine, se nourrit de siècles de luttes et de massacres. L’aspect conquérant de la doctrine islamique, ces pays n’en doutent pas un instant, car ils l’ont vécu dans leur chair !

Règles de droit

Face à ce paradigme des frontières ouvertes, Theo Francken soutient un autre paradigme, celui de l’état de droit et de la démocratie qui, sans être fermé à la migration, la soumet aux règles de droit adoptées par nos parlements. C’est l’objet de la cinquième partie ‘Changement de cap’ (211s.) et c’est dans cette perspective que Theo Francken plaide pour le modèle australien, selon lequel celui qui gagne le territoire en violant nos lois jamais n’aura le droit d’y demeurer. L’auteur paraît confiant sur l’application, à terme, de ce modèle en Europe. ‘Le libéralisme de gauche est si passé‘, déclarait-il à la faveur d’une récente conférence au Cercle Pol Vandromme, à Bruxelles.

Les auteurs démontrent encore que le regroupement familial — principale porte d’entrée en Europe des ‘migrants’, on l’oublie ! — doit faire l’objet de réformes radicales, que le mariage des migrants dans leur propre communauté ne favorise aucunement leur assimilation en Europe, et que le modèle danois (250s.) devrait, à cet égard, nous inspirer. Moins ‘médiatiques( que les Européens centraux — même un Verhofstadt ne s’aventurera pas à taxer le Danemark d’anti-démocratique ! — les Danois veulent des migrants en nombre limité qui s’assimilent effectivement et pleinement à la ‘fabrique’ sociale danoise.

Droite sans complexe

Dans une récente interview au quotidien flamand Het Laatste Nieuws, comme on lui demandait s’il n’était pas tenté de travailler dans un autre domaine — tel l’enseignement — Theo Francken répondit qu’il est un homme ‘avec une mission’ et qu’il reviendrait au portefeuille de l’asile et de la migration. Francken s’inscrit résolument dans cette nouvelle génération de politiques européens de droite sans complexe, conservateurs et ‘burkéens’ qui, de l’Italie au Danemark, en passant par l’Europe centrale, ont pris congé des dogmes mortifères de la gauche, notamment dans le domaine de la migration.

La lecture de Continent sans frontière est un régal, car il s’agit sans conteste du meilleur ouvrage publié sur le thème du chaos migratoire en Europe, causes, conséquences et remèdes.

Drieu Godefridi

Drieu Godefridi is een Brussels ondernemer en liberaal filosoof met aandacht voor internationale politiek en klimaatopwarming.

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